LA GRAINE FLOTTANTE QUI PRIT RACINE A PARE
LA GRAINE FLOTTANTE QUI PRIT RACINE A PARE
Pendant que la famille de Papara, sous le contrôle de Purea, commettait les folies qui se terminèrent par le désastre de décembre 1768, les racines qui devaient provoquer la catastrophe de 1815 se développaient, et la famille de Tu, connue plus tard sous le nom de Pomare, grandissait en pouvoir.
La première apparition dans l’histoire, de la famille qui devait devenir fameuse et royale sous le titre accidentel de Pomare, se situe au moment du rahui de Tavihauroa alors en puissance, et fut celle de Taaroa manahune qui devint le mari de Tetuaehuri, la fille de Vehiatua, qui défia le rahui. Comme tout le monde le sait, Pomare n’était que l’un des surnoms qu’avait pris Tu nui eaa ite atua, le petit-fils de Tetuaehuri. C’était la coutume chez les arii tahitiens de prendre des surnoms pour commémorer quelque chose qui leur était arrivé, le plus souvent, en ce qui concernait un enfant ; mais ces surnoms n’étaient pas définitifs comme les titres officiels auxquels étaient attachés les terres et le rang. Le nom officiel du Arii de Pare Arue, le mari de Tetuaehuri, était Taaroa manahune dont l’origine était fakarava, un îlot des Tuamotu. Quant au rang, Taaroa manahune était considéré n’’appartenir qu’au troisième ou quatrième rang, du moins dans l’esprit des arii de Vaiari et de Punaauia qui ceignaient la ceinture rouge, du arii de Papara qui ceignait la ceinture jaune, de Vehiatua de Taiarapu, de Marama de Haapiti à Moorea et de Vaetua d’Ahurai. Hormis sa situation d’époux de Tetuaehuri, ce n’était pas un personnage important.
Le premier Tu était un descendant d’Atea, une déesse de Fakarava, un îlot des Tuamotu. Alors qu’il se rendait à l’îlot de Niau, il fut pris dans une tempête et le destin voulut qu’il vint échouer sur le rivage de Taunoa à Tahiti. Il fut reçut par un noble Mauahiti, dont il devint l’héritier, et lui succéda. Ce qui l’amena à faire la connaissance de la fille de Teuirarii d’Ahatoru qu’il épousa. Par ce mariage, il devint Arii d’Arue, et sur cette pierre il établit les fondations d’un trône pour ses descendants.
Son petit-fils, ou d’une génération antérieure, obtint en mariage ainsi que nous l’avons vu, un personnage de l’importance de Tetuaehuri, la fille de Vehiatua de Taiarapu. D’après la généalogie acceptée, Teu aurait été le fils de Taaroa manahune et de Tetuaehuri , connu sous le nom de Hapai, ou Whappai pour les Anglais qui visitèrent nos rivages à cette époque. Teu est né, en 1720, environ. Il épousa d’abord Tetupaiai i Hauviri, de la classe des grands arii de Raiatea… une autre marche en avant sur l’échelle sociale.
Le vieux Teu semble avoir été un homme adroit, avisé mais il ne prétendit jamais être un grand arii ni pouvoir ceindre la ceinture rouge.
Son fils Tu, a dû naître vers 1743. Par sa mère, il pouvait revendiquer le droit à la ceinture rouge de Raiatea et à un siège sur ce grand marae de Taputapuatea. Il prit une pierre sur ce marae et fit élever dans son district de Pare Arue, son propre marae de Taputapuatea
où il ceignit la ceinture rouge, par sa descendance de Raiatea qui lui en donnait le droit. De son père, il hérita de la chefferie de Pare Arue, et pour compléter ce cycle ambitieux on lui donna pour femme Tetuanui reia ite rai de Tefana i Ahurai, qui était non seulement la nièce de Purea mais aussi ambitieuse et aussi énergique qu’elle.
Ce mariage fut combiné, pour des raisons politiques, par l’oncle maternel de Tu, Vehiatua, connu dans l’histoire comme un homme intrigant. Vehiatua espérait que par cette union il obtiendrait d’Eimeo un allié puissant. Il vécut assez pour s’apercevoir que ses espoirs avaient été vains. Il avait oublié que sur le Mont Mouaroa il y avait un arii, qui siégeait sur le temple Tefano, qui avait été proclamé la grande étoile du matin, Taurua, à la tête de sa pirogue Eimeo(qui signifie l'ile d'Eimeo ou de Moorea), celui qui avait donné ses décrets à Eimeo, un arii au cœur pur, qui haïssait les intrigues, un vrai fils des dieux de Marae Tefano, de Nuurua, de Raamaurire « le soleil qui vole » et de Marama « la lune » qui avait été élevé dans le respect des lois de ses ancêtres,
pour sauvegarder l’honneur de son pays. Ainsi était Marama ite tauo ote rai, Marama confins des cieux. Voici une partie d’un chant qui est encore chanté de nos jours à propos de ce Marama qui refusa de rencontrer les hommes blancs qui visitèrent ces îles :
Venez, oh venez dans vos districts, Tupaururu, et Amehiti
Pour voir la grande pirogue sans balancier
Ses rameurs sont blancs comme les nuages blancs !
Mais, Marama, le arii, répondit :
Non, mes enfants, non, je n’irais pas. Suivez mon bon conseil.
La curiosité a toujours été mauvaise tentatrice.
Les nuages blancs et les nuages noirs ne peuvent longtemps s’entendre.
Nous n’avons pas de meilleure leçon que l’orage ! »
Ce Marama épousa Tefeao de Nuurua, la sœur unique de Puna teraitua et tante de Tetuanui qui épousa Tu, celle qui, comme l’espérait Vehiatua, aurait pu devenir l’instrument pour faire aboutir son grand plan de lui soumettre la famille d’Eimeo.
Mais Tetuanui, une vraie enfant de Nuurua, n’obéissait à d’autres lois que celles qui avaient été instituées par les décrets familiaux. Elle venait d’une famille unie comme aucune autre famille dans nos îles.
L’histoire du nouveau marae de Nuurua est la preuve de l’amour et du respect que les uns avaient pour les autres, dans cette famille d’Eimeo.
Tefeao, étant l’aînée de Punua teraitua, avait donc seule le droit de siéger sur le marae de Nuurua. La naissance du fils de Tefeao signifiait l’exclusion de son frère et de ses héritiers, car conformément aux décrets du premier Marama, seul un aîné, ou une aînée, avait le droit d’avoir sonsiège sur le marae de Nuurua et de Tefano. Mais l’amour de Tefeao pour son frère était grand. Elle obtint de son mari la permission d’élever un marae, un autre Nuurua, plus haut que l’ancien, par ordre de Marama, pour qu’il soit élevé à la même distinction que l’autre qui avait la priorité.il y fut consacré et reçut le droit à un siège sur ce Nuurua, ayant perdu le droit de l’ancien par la naissance de l’enfant de sa sœur. Ces deux marae sont toujours l’un à côté de l’autre. L’un est Nuurua l’aîné, et l’autre Nuurua le cadet.
Le jour de sa consécration, voici les paroles prononcées par Tefeao qui lui font honneur :
Par ordre des dieux, mon frère, je devais être ton aînée ;
Mais tu seras toujours une étoile brillante au-dessus de ma tête.
Nuurua, oh mon petit-frère, sera à travers le temps
Le temps de l’amour d’une sœur pour son frère.
Au mariage de son neveu Tu à cette femme remarquable, Vehiatua prit avantage de certaines lois familiales pour réclamer que l’enfant premier-né de cette union serait à lui, et, avec le consentement de Teieie, son cousin, dont le nom était Terii navahoroa, cet enfant serait appelé Terii navahoroa, à qui on donnerait en apanage la chefferie de Tautira. L’enfant naquit. C’était une fille. Ainsi que cela avait été décidé, elle prit le nom de Terii navahoroa. Aussitôt après sa naissance elle fut portée à Tautira pour être consacrée sur le marae de Matahihae, comme son arii ; mais au grand chagrin et désappointement de Vehiatua, Terii navahoroa, encore une enfant, mourut pendant une grande crue des eaux. On dut exposer son corps sous un abri que l’on construisit sur un pied de toa, appelé arbre de fer, et Tu déclara qu’à partir de ce jour il prendrait le nom de Vairaatoa : « exposée sur le toa ».
Le toa devint un mot sacré, de sorte que le nom de l’arbre dut être changé en celui de aito.
La fortune politique de Tu ou Vairaatoa ne fut pas beaucoup plus avancée par la chute de Purea, Tutaha de Paea ayant eu la plus grande du butin, quoique son droit de ceindre la ceinture rouge à Maraetaata était à ce moment-là reconnu malgré les protestations de Tevahitua, qui était l’une des trois têtes de ce marae.
L’arrière grand-mère de Vairaatoa, Tefete fete ui, fille d’une cheffesse d’Ahurai et de Punuaaitua, avait un siège sur Maraetaata, et à cause d’elle, ses droits furent établis.
Le fils de Purea, Teriirere de Papara, était arii nui de Haapape, parce que la mère de son père, Tiiparii ou Teroroeora de Fareroi était une fille du chef de Haapape, son petit-fils avait donc un siège sur le marae de Fareroi.
Vairaatoa n’avait pas de siège là ni aucuns droit. Il n’osa même pas pénétrer dans ce district ou amener sa pirogue dans la baie de Matavai pour voir les bateaux du Capitaine Cook et demander des présents, lorsque Tuataha jouissait de ce privilège à l’époque de la visite des Anglais.
La coalition contre Papara ne dura pas longtemps. Tutaha se querella avec Vehiatua et entreprit de détruire les Teva i tai comme il l’avait fait des Teva i uta. Un tel plan était contraire aux intérêts de Vairaatoa qui était redevable, pour beaucoup, du pouvoir que son alliance avec Vehiatua lui avait donné, mais Tutaha força le arii de Pare à se joindre à son armée qui devait être défaite. Tutaha, lui-même, paya de sa vie son agression, et le district de Vairaatoa fut dévasté, mais il put s’échapper.
Après la mort de Tutaha en 1773 et les vieilles alliances de Tepau i Ahurai dissoutes, Vehiatua de Taiarapu, Teriirere de Papara, Teriivaetua de Ahurai et Vairaatoa de Pare avaient un même rang. De ceux-ci, Vairaatoa était le moins puissant, encore qu’il semble avoir acquis une sorte d’influence sur le district de Haapape après la mort, en 1773, de Tutaha. Lorsque le Capitaine Cook revint en 1773, sa position, alors, était telle qu’il se montra avec les chefs de Paea et de Tefana pour recevoir les présents des Anglais. C’est à ce moment-là que ces étrangers qui ne pouvaient concevoir un peuple sans un commandement unique, donnèrent à Vairaatoa ou Tu le rang et le titre de roi, quoiqu’ils firent la remarque qu’il n’était que l’un d’eux… et pas le plus important… des quelques grands arii. En outre, après avoir fait de Purea une reine en 1768, ils semblent l’avoir considérée comme une mendiante en 1773 ; quoique son fils fut toujours Arii nui, quoique son district n’aie pas plus changé que ceux de ses voisins, quoique, Amo et elle-même aient conservé leur position sociale, et qu’elle soit venue à bord avec les présents usuels, le prestige de la royauté avait disparu. Il ne pouvait y avoir qu’un Roi et c’était Tu ( Vairaatoa) de Pare. La chance qui fit de Matavai le port le plus commode pour les bateaux anglais fit de Tu la personne la plus importante de l’île, pour procurer de la viande fraîche pour leurs équipages ; et au grand amusement et aussi déplaisir des arii de Ahurai et de Paea, qui n’avaient jamais encore été traités comme inférieurs au arii de Poroinuu, Tu recevait les haches, les présents et toutes les civilités de ces visiteurs.
A ce moment-là, ces arii rassemblaient leurs forces pour attaquer Mahine à Eimeo, qui s’était querellé avec son neveu, Teriitapunui de Varari. Ahurai et Paea se préparaient à venir en aide à celui-ci et avaient demandé l’assistance de Vairaatoa.
Il semble qu’il aurait dû être aussi concerné que les autres, Teriitapunui étant le frère de sa femme ; mais il refusa son aide. En conséquence, après une longue guerre qui ne fut pas décisive, Tahua de Paea décida de tourner ses armes contre le arii de Pare, pour le punir d’avoir refusé son alliance.
A son troisième voyage, en 1777, lorsque Cook apprit ces préparatifs, l’Anglais intervint. A ses yeux, Tu était le Roi, de droit divin, et une attaque contre son autorité était une trahison et une attaque contre l’influence britannique. Son mécontentement, ouvertement manifesté, de ces manœuvres contre son ami, semble avoir eu l’effet désiré pendant l’espace de soixante-trois lunes après le départ de Cook, mais après ce laps de temps, lorsqu’il sembla que Cook ne reviendrait pas pour exécuter la vengeance promise, le peuple d’Eimeo s’unit à ceux de Paea pour dévaster Pare.
Vairaatoa et ce qui lui restait de gens se réfugièrent dans la montagne et lorsque le visiteur suivant arriva à Tahiti, le lieutenant William Bligh de la Bounty, en l’année 1788, il le trouva presque entièrement dépossédé de ses biens, de son autorité, avec les mains de tous levées contre lui.
Quoique Bligh refusa de relever la promesse de Cook de punir les gens d’Eimeo, cependant il ne leur rendit aucune visite de courtoisie et fit tout ce qu’il put pour protéger l’homme dont la position était alternativement faite ou défaite par le patronage des Anglais. Si la situation de Vairaatoa n’avait pas été aussi tragique dans ces îles, cela aurait été comique. Aussi longtemps que les bateaux anglais étaient dans la baie de Matavai il était riche et puissant ; aussitôt qu’ils étaient sortis de la passe, ses richesses devenaient une tentation irrésistible pour ses voisins et un danger pour lui-même. Avant son départ, Bligh lui donna des armes à feu pour se protéger.
Le retour inattendu de la Bounty quelques mois après, entre les mains des fameux révoltés qui sillonnèrent ces mers jusqu’à ce qu’ils s’établissent à Pitcairn, donna un nouvel élan à la fortune de Vairaatoa ; car seize hommes de l’équipage déposés à Matavai après quelques mois d’aventures s’installèrent à Pare auprès de lui et s’engagèrent activement à en faire un despote. Bien qu’ils refusassent d’aller avec lui à Eimeo pour combattre Mahine, ils nettoyaient ses armes et lui permirent d’avoir le succès.
Lorsque Mahine se joignit à Ahurai et Paea pour résister à la prochaine attaque de Vairaatoa, les révoltés se rendirent avec leur goélette armée qu’ils venaient de construire, de Pare à Paea, avec l’ambitieux Arii de Pare où ils livrèrent une bataille qui se termina par la mort de Mahine, et le reste des armées d’Ahurai et de Paea en déroute sur les montagnes.
C’est en septembre 1790, environ, que les marins anglais avec leurs armes le firent monter d’un échelon sur son échelle ascendante.
C’est par le récit de Bligh qui vit le jeune Tu, un enfant âgé de six ans environ, que l’on voit apparaître pour la première fois, dans l’histoire écrite, le premier roi chrétien de Tahiti.
Ainsi que nous l’avons vu, le premier enfant de Tu ou Vairaatoa, une fille, mourut, alors qu’elle n’était qu’un tout petit enfant ; mais il eut deux autres enfants… des garçons.
L’aîné était Tu, qui devint le premier roi chrétien sous le nom de Pomare le second ; alors qu’en réalité il aurait dû être Pomare le premier, car avant lui, il n’y eut pas d’autre Pomare qui régna sur toute l’île de Tahiti. Il fut le premier qui commença la dynastie sous ce nom en 1815, après la mort d’Opuhara.
Le fils cadet était Ariipaea, appelé Teinaiti, « petit frère chéri », un petit nom d’affectation par lequel Vairaatoa aimait l’appeler (iti est un abréviatif qui signifie quelque chose de cher). Un plus jeune frère ou sœur, était toujours, à Tahiti, le benjamin de la famille. Par ce nom, Vairaatoa donnait la preuve de son grand amour pou son plus jeune fils. Tu ne pardonna jamais à son père cette distinction. L’histoire décrit ariipaea comme un beau spécimen de la virilité tahitienne, doué de qualités supérieures qui le faisaient respecter et Honorer, et donc très différent de son frère,Tu, qui était faible d’esprit, têtu et plein de fausse vanité. A la naissance d’Ariipaea, Vehiatua et Teieie vinrent en grande pompe à Pare pour demander L’enfant, ils désiraient lui donner le non de terii navahoroa, avec la chefferie de tautira, comme ils l’avaient fait pou sa sœur ; mais cette fois ils eurent à combattre avec l’amour d’un père. Vairaatoa refusa de se séparer de ce garçon et Vehiatua s’en retourna à Teahupoo, bien désappointé. En grandissant, Ariipaea était souvent invité à Teahupoo par Vehiatua, qui aimait ce garçon. Il revint à Pare pour réaffirmer son désir de l’adopter, stipulant qu’il en ferait son héritier. En même temps il faisait ressortir à Vehiatua que ce refus serait une injustice, que Ariipaea pourrait peut- être ne pas lui pardonner plus tard. Vairaatoa le reconnut, mais ne pouvait se laisser persuader de donner son fils préféré.
" Tautira et Eimeo sont trop éloignés de Teahupoo" était sa seule réponse.
Comme Vehiatua insistait, Vairaatoa demanda du temps pour réfléchir; mais Vehiatua était pressé. A part son affectaion pour Ariipaea, il y avait son ambition d'attirer à lui Eimeo, Tetuanui ayant refusé catégoriquement de l'aider. C'est alors que, sans s'en rendre compte, il fit le jeu de Vairaatoa en lui demandant son fils aîné, Tu, lui donnant une chance inespérée de se débarrasser d'un fils qu'il détestait ouvertement Cependant Vairaatoa devait agir avec beaucoup de circonspection vis-à-vis des Iatoai, ou nobles, à qui Tu appartenaient. il les réunit pour leur communiquer les propositions de Vehiatua, faisant ressortir les grands avantages que Tu retirerait comme chef de Tautira et héritier des grandes possessions de Vehiatua.
Comme les nobles hésitaient, Vairaatoa, qui craignait un refus, s'écria soudainement : " Les jeunes arii décideront de la question eux-mêmes, par une course qu'ils pourraient se disputer à partir du Mont sacré de Tahuareva. Pare Arue appartiendra à celui qui atteindra le premier le sommet de la montagne. Celui qui perdra gagnera la chefferie de Tautira."
La décision de Vairaatoa fut acclamée et acceptée par tous, sans que personne ne soupçonna que son acte avait été calculé pour priver son fils aîné de ses droits sur Pare. Comme son père le savait, Tu perdrait, car c'était un faible, efféminé, tandis qu'Ariipaea était un sportif accompli. Vairaatoa était content d'avoir trouvé le moyen de se débarrasser de ce fils qu'il haïssait profondément.
Malheureusement, il confia son secret à Haamanimani(A propos de ce prêtre, dans les Polynesian Researches(p.64) figure une gravure représentant un supposé grand prêtre de Tahiti, cédant à M.Wilson le district de Matavai. Haamanimani ne fut jamais grand prêtre de Tahiti. Il vint de Raiatea comme grand prêtre de Tetupaia i Hauviri, appelé Itia, la femme de Teu et mère de Tu Vai raa toa Pomare. Plus tard, Haamanimani représenta le prêtre d’Arue, mais cela aurait été entièrement en dehors de son autorité de céder à qui que ce soit de district de Matavai) le grand prêtre, qui avait trouvé dans Tu, faible d'esprit, un jouet sur lequel il comptait pour le mener au faîte du pouvoir. Hypocritement, il écouta les démonstrations de joie de Vairaatoa ne se doutait pas que pendant qu’il parlait, l’esprit de Hamanimani travaillait pour déjouer son plan. Le prêtre savait trop bien que Tu perdrait la course projetée et le district de Pare Arue et que lui-même devrait en conséquence abandonner ses propres rêves du pouvoir. « Il n’en sera pas ainsi » se dit-il à lui-même.
Le jour approchant, les gens de Pare Arue qui avaient été désignés pour accompagner les deux jeunes arii et leurs parents, furent appelés et le tere, « ou groupe de voyageurs », arrivèrent à Tautira. Haamanimani était découragé, il n’avait pas encore trouvé le moyen d’arrêter cette course. Cependant, la veille du jour de la course l’inspiration lui vint. Il choisit deux grands gaillards parmi la suite d’Arue, auxquels, en tant que grand-prêtre, il imposa son ordre : « Au quatrième chant du coq, rendez-vous à mi-chemin de la montagne de Tahuareva, leur dit-il, où les arii doivent se reposer. Restez bien cachés et attendez. Lorsque les arii arriveront, Tu vous rejoindra là où vous serez cachés. Sans bruit, portez-le au sommet de Tahuareva et aussitôt vous l’acclamerez Arii de Pare Arue. » Haamanimani leur fit jurer sur leurs vies le secret absolu. Puis il répéta à Tu tout ce que son père lui avait confié et tout ce que qu’il faisait pour lui. Le jour suivant, lorsque les jeunes arii arrivèrent à l’endroit du repos, Tu était épuisé et ne pouvait avancer plus loin, tandis qu’Ariipaea, toujours aussi frais et dispos, continuait à monter lorsque Haamanimani s’écria : « Arrête-toi ! Tu dois te reposer. C’est la volonté des dieux. »
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Le jeune arii obéit à cette injonction. C’est alors que Tu rampa plus loin, sous le prétexte d’aller à la recherche des porteurs d’eau. Soudainement, consterné, Vairaatoa entendit de grandes acclamations au sommet de la montagne : « Maeva, Tu, Arii de Pare Arue ! » En colère, il s’écria : « Trahison ! Trahison ! Qui a fait cela ? Par les dieux il paiera de sa vie ! »
Les soupçons de Vairaatoa se portèrent sur Haamanimani, mais sans preuves tangibles. Cependant le peuple de Teahupoo était joyeux car il aimait Ariipaea autant qu’il détestait Tu. Ariipaea fut alors appelé Terii navahoroa, Arii de Tautira, et proclamé héritier de Vehiatua. Vairaatoa nomma Teahatu, connu ensuite sous le nom de Veve, un parent éloigné, comme administrateur des biens de son fils cadet. Conformément aux lois de cette époque, ce Veve fut revêtu du nom de son Seigneur, Ariipaea. Porter ce nom lui donnait le pouvoir d’agir en conséquence et recevoir les honneurs qui étaient dus au représentant du vrai Ariipaea. Ainsi qu’on peut se l’imaginer, une telle coutume créait de la confusion dans l’esprit des étrangers qui pensaient qu’ils écrivaient bien l’histoire de cette époque, et incita même des Tahitiens à essayer d’usurper des droits de propriété. Ceci n’est qu’un exemple des interprétations erronées qui ont été faites par ceux qui ont écrit notre histoire par une connaissance insuffisante de nos lois.
Ariipaea était un grand chasseur. Il passait des semaines dans la montagne. Dans ces hautes régions il prit froid, et fut emporté par une phtisie galopante, dans son jeune âge, ce qui changea peut-être le cours de l’histoire de Tahiti. A sa mort, Vairaatoa prit un nouveau nom… les dernières paroles de son fils, en réponse à sa propre question douloureuse :
« Comment as-tu passé la nuit, mon fils ? »
« Mon père, elle a été mauvaise », répondit Ariipaea. « Je n’ai pas pu me reposer. Ce fut une nuit « po » de toux « mare ». Il mourut presque aussitôt après dans les bras de son père, après un gros accès de toux.
Depuis ce jour Vairaatoa fut appelé Pomare.