les lamentations des Teva recueillis dans les mémoires de Marau Taaroa
Une nuit noire, épouvantable de hirohiti ( la nuit hirohiti est celle où la lune ne paraît pas sur la mer.)
Que les torches célestes illuminaient de temps à autre,
Les coups du tonnerre, comme des milliers de lances, se battaient avec
Les nuages pourchassés par le Pahaapiti [vent du Nord-Est] en furie,
Décapitant les fières têtes des cocotiers,
Jetant à terre les beaux pieds de tamanu.
A la pointe de Taunoa se tenait le noble Mauahiti comme une statue de pierre, profondément absorbé, inconscient de la pluie qui fouettait son visage.
Ses pensées et son cœur étaient loin, avec son fils, son unique enfant,
qu'il avait perdu dans une nuit pareille
Cet homme fort frissonna,
De chaudes larmes ruisselèrent sur ses joues et le réveillèrent.
Quand l’éclair brilla, ses yeux perçants distinguèrent
Quelqu’un d’autre qui se montra à son regard étonné.
Sur la proue d’une grande pirogue près du rivage,
Se tenait un adolescent à la fière allure
« Vite mes hommes », cria Mauahiti, « apportez les torches !
Ici, dans l’obscurité il y a une grande pirogue
Chassée vers nous par la tempête.
C’est un hotu painu, une graine flottante pour la fécondation
Celui qui se tient à la proue est comme le Pahaapiti.
Il arrachera les hauts arbres de Tahiti.
Sa voix sera aussi puissante que le tonnerre,
Ses mouvements seront aussi rapides que l’éclair fulgurant. »
Lorsque l’adolscent s’élança à terre,
Le noble, evec un cri de joie, se précipita les bras tendus :
« Mon fils, mon enfant », cria-t-il.
Mais non Mauahiti, non !
Ton fils, en apparence seulement.
Celui qui est là est un rejeton de la racine d’Atea (déese dont il descendait).
C’est Tu de Fakarava.
Le cœur esseulé de Mauahiti fut bientôt attiré vers l’adolescend
Qui ressemblait à son fils disparu.
Lorsqu’il mourut, il lui légua un grand héritage.
Son nom comportait tous les droits d’un noble sur lesquels l’intrépide Tu
Construisit sa future autorité.
Depuis ce jour, la vallée de Mauahiti fut appelée.
Hautaua ou Fautaua « le règne de l’amitié ».
Et la graine d’Atea poussa comme l’arbre de fer,
Ses racines s’entendirent sur la place d’assemblée de Niufi, l’usurpateur
De Pare jusqu'à la place d’assemblée de Taihia et, comme le
Pahaapiti les détruisit.
La racine, la branche et la graine de Tu,
Taaroa manahune poussa avec profit
Sur l’ancienne place d’assemblée de Vaerota.
« Je suis Taaroa manahune » cria-t-il,
« Je me tiens sur le mont Tamahue » [à Arue].
Sur l’aile des ailes i vola vers la place d’assemblée royale,
Sur le marae de Matahihae [de Taiarapu] dans la maison de Vehiatua,
Pour y planter sa semence, Teu, qui coûta
Son gouvernement au grand Tavi hauroa
Son pouvoir racial, son orgueil, son foyer.
Et Tu alla sur le Marae i Taputapuatea à Hauviri, à Ahuroa,
Pour y planter sa semence de Tu
Dont l’orgueil atteignit jusqu’au sommet de l’arbre de fer.
Deux fois, il tendit son bras pour courber l’arbre.
De la brume Mahu, l’arbre de fer de Teva.
Mais l’arbre se redressa et frappa la face de Tu Vairaatoa.
Le germe orgueilleux de Teu devait accomplir son destin
Et bâtir un trône pour la semence qu’il avait plantée sur Nuurua.
Pour sa croissance il tourna son regard vers les hommes blancs,
Sollicitant l’aide dont il avait si grand besoin.
A son appel, ils accoururent
Avec des mousquets dans une main et dans l’autre la Bible.
les mousquets vomirent le tonnerre et l’éclair.
cela vint avec la force du Pahaapiti
Et frappa le guerrier des Teva qui se tenait
Bravement sur la pointe de Paea,
Tenant d’une main sa lance Urihere taeae ore,
De l’autre l’histoire et les traditions de Tahiti.
Il tomba.
Le choc, tel un tremblement de terre.
Ebranla la pierre fondalementale de Farepua.
Sa voix, comme l’écho évanescent du Maraai [vent] mourant murmura :
« Moi, Opuhara, le Ti du mont Tamaiti, je suis cassé !
Tahiti, ô ma mère ! »
Le gémissement des vagues de Taaroa fi pleurer les yeux d’Ahurei,
L’enfant chéri du vent du Sud.
La terre fut couverte de son manteau de deuil.
Lorsqu’Opuhara tomba, Tu, la semence de Vairaatoa
Lui prit des mains le bâton de commandement de Tetunae, de Taaroa.
A grands cris, l’homme blanc le proclama « Roi de Tahiti ».
Alors que s’éteignait le soleil de Farepua, disparraissant dans la grande mer
Du passé, à travers les sombres nuages de la nuit, de loin on
Entendait la voix du vent de Pare,
Le Nuihiti appeler :
« Debout, Te Porionuu, debout !
Maeva à la venue de ton arii
Tunui eaa ite atua ite unu materai i Tarahoi,
Le nom que prit Tu à son couronnement.