La Guerre de Fei pi, et le meurtre de Opuhara , selon les mémoires Marau Taaroa

Publié le par opuhara

Nous apprenons dans le livre , "Les mémoires de Marau Taaroa" le contexte dans lequel s'est déroulée la guerre de Fei Pi..... La guerre qui opposa Opuhara à la tete des Teva,  défenseur des Dieux ma'ohi , et des valeures de Tetunae, au roi  Pomare II , assoifé de pouvoir et soutenu par les armes à feux des Missionnaires Protestants.....Cette guerre est fondamentale. Car c'est ici que que se joua notre liberté, peuple libre aux dieux propres, pilier de notre identité.... Car la colonisation , est avant tout une colonisation chrétienne, missionnaire, qui a pour objet de decapiter la spiritualité originaire de notre peuple et le remplacer par le dieu chrétien , ceci facilite la soumission du peuple ma'ohi, et l'appropriation des Terres et des biens par les colons. En effet les biens étaient autrefois rattachés aux dieux, et nous etions de simples gardiens. Une fois que les dieux aiient été destitués,brulé sur les buchers ...la terre devint aliénable, appropriable. Ainsi le combat de Opuhara fut de defendre ses Dieux, ses valeures enseignés par Tetunae, et de conserver  l'identité de son clan.
A Fei pi on aura d'un coté les defenseurs des Dieux Ma'ohi , a l'identité ma'ohi, avec a leur tete Opuhara, et de l'autre coté un roi assoiffé de pouvoir soutenu par les armes a feux et les hommes des Missionnaires qui souhaitent imposer la chrétienté, le protestantisme...Nous apprennons au travers Marau Taaroa, que les regles de l'art de guerre furent violé par Pomare II et les missionnaires, et que Opuhara fut assasiné avant même l'annonce de la guerre par une manoeuvre traitre des hommes blancs accompagnant Pomare II.
Opuhara assasiné, ce fut la capitulation des defenseurs des dieux ma'ohi. Les guerres qui suivront , qu'on appelle courament guerre Franco-Tahitienne, sont des guerres qui opposeront les Protestants(ma'ohi et Anglais) aux Catholiques (français et ma'ohi) .Nous ne serons plus dans le contexte unique de Fei pi( Premiere guerre anti coloniale, opposant des tahitiens contre des Anglais). En effet les premiers a convoités nos iles furent les Anglais, puis les Français.
 Ainsi les guerres franco Tahitiennes, sont des guerres coloniales opposant les deux forces coloniales de l'époque , les Anglais et les Français, sur l'echiquier tahitienne. D'un coté les Anglais qui ont convertit les tahitiens au Protestantisme , grace à Pomare, vont s'opposer aux français qui introduisent le catholiscisme, pour transformer Tahiti en colonie Française...Donc revenons , à la guerre de Fei pi , et ce que nous raconte Marau Taaroa a ce sujet:
 
Ainsi en 1807 , a l'issue du vol de la boite de fleches de Opuhara, par les guerriers de Pare, de Pomare, nous apprennons qu' i
l ne fallut qu’une demi-journée à l’armée de Papara pour battre le peuple de Pare. Le district fut dévasté jusqu’à son extrême limite, jusqu’au pied de Taharaa. Le peuple se réfugia dans

les montagnes ; Pomare lui-même se réfugia à Eimeo, où il espérait que sa mère conseillerait aux chefs suprêmes de l’aider à écraser le Arii de Papara dont le pouvoir était maintenant à son apogée. Dans l’assemblée que réunit Pomare, Eimeo refusa de l'aider, declarant qu'ils étaient liés par une alliance avec Vaiari par le traité proposé par Marama, Arii nui d’Eimeo à Tetunae, Arii nui de Tahiti, il y avait quarant-deux générations passées, qui fut accepté par Tetunae, ratifié par son conseil royal des Trois, et consacré par le Marae i Farepua. Cette alliance était si sacrée que, même la mère de Pomare n’osait la rompre. C’était un traité verbal, ni écrit, ni signé, mais il fut respecté. La réponse d’Eimeo dans ce cas, fournit un exemple splendide et édifiant du sens de l’honneur des arii, qui régnèrent sur notre pays, et de l’invincibilité de la parole donnée dans le Tahiti d’autrefois.

(gravure de Pomare II)

 
De là, Pomare se rendit aux îles Sous-le-vent, après avoir su qu’il ne pouvait espérer aucune aide d’Eimeo ; là il réussit à s’allier avec les Raiatéens sous le commandement de sa femme officielle Teriitaria ou Ariipaea. Quatre ans après Pomare revint à Pare en chrétien déclaré.













Ses vieux ennemis lui permirent d’y vivre en paix, mais lorsque ses épouses,

(les deux soeurs, a gauche Teri'itari'a, ou Ariipaea, et a droite Teritoetera'iappelée aussi Teremoemoe)

 Terito et Teriitaria vinrent avec une suite qui se disait chrétienne, pour faire des arrangements en vue de renverser le arii pour établir l’autorité du chrétien Pomare sur toute l’île, le arii fut forcé de les chasser de nouveau.

  Lorsque Opuhara apprit que Teriitaria était tout près, à la tête des armées des Raiatéens, il lui fit dire de partir : « Je n’aime pas me battre avec une femme », dit-il, « je ne pourrais pas les tuer. »

  Mais voici sa réponse : « Dites à Opuhara de ne pas se préoccuper de moi. Il se bat pour son Mont qui est aussi le mien. Je l’admire ; mais je suis venue pour être tuée par une flèche égarée, je désire mourir. »

  La raison d’un tel désir, sera expliquée plus tard dans son étrange expérience avec un arii de l’autre monde. Elle ne fut pas tuée cette fois, mais une fois de plus Opuhara et ses forces vainquirent Pare Arue.

 Cependant Pomare et les missionnaires devenaient plus puissants, et il y avait désaccord entre les arii eux-mêmes.
 A Papara, la division devenait pitoyable. Tati, qui avait épousé Tehea de Farerua à cause de cela était intimement lié avec les deux épouses de Pomare. Il pensait peut-être aussi que les îles ne seraient jamais vraiment pacifiées tant qu’elles ne seraient pas devenues chrétiennes, et alors, avec l’aide des missionnaires et des Raiatéens, le arii des Teva pourrait contrôler Pomare, même en lui reconnaissant son titre, vide, de roi que lui avaient octroyé les missionnaires. Il fit tout son possible pour empêcher la guerre.

  Opuhara et ses alliés, bien qu’ils n’aient pas d’armes à feu, ni l’aide des Anglais, permirent quand même à Pomare et aux chrétiens de revenir a Pare. Arue ou, sous l'apparence de service religieux, on les gardait armés. Cependant l’inévitable conflit éclata le 11 novembre 1815,( Ici marau parle du 11 Novembre, Néanmoins il semble qu'il s'agit du 12 novembre) lorsque Pomare prit position à la limite de Paea et de Papara.

  De Panamo et de Araau nous vient l’histoire de la bataille des Feipi, la bataille des « plantains verts ».

  C’étaient des vieillards lorsque je les connus. Araau, dont l’esprit était encore plein de la connaissance de nos coutumes anciennes et de nos traditions, était le père de Pataata. Je connaissais et aimais beaucoup Pataata vahine. Elle était une des femmes les plus intéressantes de son temps et eut l’honneur d’être une amie de confiance de la Reine Pomare IV.

  Elle naquit en mai 1815,( ici elle parle du 15 mai , alors qu'il s'agit du 12 novembre1815) le jour même de la bataille des Feipi, et mourut il y a quatorze ans. Je me souviens qu’elle disait :

  « Ma mère était dans des douleurs de l’enfantement lorsque l’ordre vint à Araau, mon père, de se joindre à Opuhara. Malgré ses souffrances et l’ordre que lui donna son mari de rester à la maison, elle se leva, et les suivit. En arrivant à Maraa, elle donna naissance à une petite fille juste au moment où l’armée s’avançait. En hâte, elle enveloppa le bébé dans son pagne et le plaça dans une des pirogues qui avait été tirée sur la plage, la couvrit de feuilles de cocotier, pagaya la pirogue dans le lagon, y mit l’ancre, nagea à terre, et rejoignit son mari qui était plus loin.

 

  « Opuhara fut tué d’un coup de fusil quelques heures après. Ma mère et son mari s’en retournèrent avec les guerriers le cœur brisé. Il faisait nuit lorsqu’ils prirent l’enfant qui était moi-même ! »

  Pamano et Araau étaient des Etene (paiens) jurés qui sont devenus de fervents chrétiens, des diacres tous les deux.

  Voici leur récit de la bataille des Feipi :

   « Nous étions nés à Papara. Etant jeunes, on nous avait appelés à nous joindre à une petite armée de jeunes qui étaient les porteurs de la lance et des flèches du Arii. Comme fils de nobles, nous étions les porteurs de lance du Arii Nui, Teriirere i Tooarai, qui était le titre officiel du Arii, par conséquent le titre officiel du Arii, par conséquent le titre que en son temps portait Opuhara, le bien-aimé.

  Un jour, des bruits de guerre circulèrent dans le district. Un messager de Paea était arrivé, on avait convoqué l’assemblée, et le jour suivant, nous étions réveillés par les battements du tambour et des murmures de voix. Puis nous entendîmes l’ordre donné de faire retentir le cri de guerre pour réunir l’armée. Des messagers furent envoyés pour appeler les Teva i tai et des préparatifs précipités furent faits.

  On apprit que Pomare et les missionnaires avaient débarqué à Paea avec une armée composée de Blancs, des gens des Tuamotu et ses alliés des îles Sous-le-Vent. Notre armée devait se rendre à Maraa pour y attendre les décisions du grand-prêtre, qui indiquerait si les augures étaient favorables à la bataille. Le lendemain, à Maraa, nous apprîmes que les ordres du grand-prêtre étaient arrivés pour dire que nous devions nous rendre à la rivière de Tiurai à Paea, pour y attendre la déclaration de guerre formelle… s’il devait y avoir la guerre. Le grand-prêtre déclara en outre que si la guerre était déclarée nous serions victorieux et ne devions pas craindre les armes à feu des Blancs, que notre nombre triompherait de l’ennemi. L’armée fut alors divisée en trois sections : division, commandée par Taataroa, le cousin d’Opuhara lui-même, devait suivre le bord de mer ; la troisième devait prendre le côté de la montagne.

  « Lorsque les signes avant-coureurs du soleil du matin apparurent, la grande armée quitta Maraa sous un tonnerre de vivats, le cœur léger, plein d’espoir en la victoire. Lorsque nous arrivâmes à la rivière Tiura, Opuhara donna l’ordre d’atterir. Derrière nous, des nuages sombres semblaient nous suivre, les cieux étaient noirs, le vent du Maraamu soufflait.

  En riant, Opuhara dit à ses hommes : « Regardez, mes enfants, c’est le vent de notre pays natal. Ce sont des pleurs d’adieu à son Arii ». Cela semblait être un mauvais présage.

  « Nous étions sur les pirogues de guerre avec notre chef, nous dirigeant vers le rivage où Taataroa, avec son armée stationnait. Soudain nous l’entendîmes, s’adresser à Opuhara et lui dire :

(gravure du marae Utuamaihurau, marae Narii, marae Taputapuatea, puisque recevant le Too de oro également) « Regarde derrière le marae de Narii, je viens de voir des Blancs avec des mosquets, ils semblent suspects, on diarait qu’ils se cachent ».

-         Ne crains rien, mon cousin, répondit Opuhara, Pomare n’a pas encore officiellement déclaré la guerre, nous avons le temps de prendre du repos. »

  A ce moment-là, il était toujours dans sa pirogue. Taataroa, qui était très proche de nous, gardait ses yeux fixés sur le marae devant lui. Il appela encore :  « Opuhara descends à terre. Je me méfie de ces hommes blancs ; lorsque je les regarde ils changent de place. J’en ai vu trois avec leurs fusils sur les épaules. Je préférerais te voir à terre à côté de ce pied d’arbre à pain où tu serais protégé. »

  Mais en riant, Opuhara répondit :  « Comment pourraient-ils tirer sur nous avant l’avertissement habituel ? Les missionaires blancs sont avec eux. Nous, qu’ils appelent des sauvages, ne pourrions être plus loyaux à l’honneur qu’eux. Attendons. » Cependant, sur l’insistance de son cousin, Opuhara finalement se prépara à descendre à terre.

  « Fais attention, dit Taataroa. « Les voilà de nouveau avec leurs mousquets. Viens, Opuhara, tiens-toi derrière cet arbre. Je les vois encore ! »

-         Quelle honte, Taataroa, répondit fièrement Opuhara, la montagne de Tamaiti ne peut se cacher. Viens, attendons le cri de guerre de Pomare. »

Puis il s'élança a terre. Ce fut le signal. Une volée d'armes a feu vint du marae.
«  Tu as raison, mon cousin » dit Opuhara. « Réunis ton armée, fais retentir le cri de guerre ». Puis d’une voix forte, il s’écria : « Teva, enfants du vent du Sud, d’Ahurei, enfants de la pluie, ne craignez pas les armes à feu. Nous avons le bon bois ! Il ne faut qu’un peu de courage pour combattre des traîtres et des lâches qui… »

  Il ne termina jamais. Une seconde volée arriva.

  Je le vois, opuhara, se tenant majestueux dans sa noble beauté. D’une main il tenait fièrement sa lance Urihere taeaeore. C’était un magnifique spectacle… Jusqu'à ma mort je le verrai ainsi. Mais il fut une cible trop belle pour les chiens qui le mordirent. Opuhara, la montagne de Tamaiti, tomba lorsque la seconde volée explosa.

  « D’une voix puissante il cria : « En avant, Teva. Ne craignez pas les porcs qui se cachent ». Mais l’armée pousssa des cris qui secouèrent la terre ; se rendant compte de ce qui était arrivé, ils étaient frappés de stupeur. Tous ceux qui le purent, entouraient leur chef qu’ils ne pouvaient quitter. Les armes à feu cessèrent… pourquoi ? nous ne le sûmes jamais.

  « Comme la voix d’Opuhara faiblissait de plus en plus, l’armée se tenait autour de lui espérant encore l’entendre. « Mes enfants, votre tête est maintenant séparée de votre corps ». D’une voix haletante il dit ses derniers mots que l’on chante encore aujourd’hui :

 

    Moi, Opuhara !

    Le jour est haut levé

    Le Ti du Mont Tamaiti est cassé

    Le pandanus de Mataoa est divisé- La lance d’Opuhara était taillée dans du bois du pandanus du marae royal de Mataoa. Cette expression signifie que le pouvoir tomberait dans les mains de Pomare.

 

    O mes enfants, je pleure ma montagne Tamaiti [de Papara].

    Les tambours de Farepua appellent toa ( Toa. Le vent de ce nom était accompagné de nuages sombres. C’était un signe de deuil pour un arii de Farepua), le vent du Sud afin qu’il souffle,

           Pour éventer l’agonie de son arii

    Opuhara, qui donne sa vie pour sa terre natale.

    Que ma peine est grande !

 

La mort d’Opuhara désorganisa complètement son armée qui pleurait comme des enfants. Ils transportèrent son corps à Papara.

   « Nous aurions dû attaquer » continua Pamano.

   « Nous aurions gangné la bataille, car lorsque Punuaaitua entendant la première volée de coups de fusils qui était le signal d’encercler l’armée de Pomare par l’arrière, exécuta cette manœuvre, il trouva les gens des îles Sous-le-vent paralysés de terreur. Ils se rendirent à lui sans résistance.

  C’est par eux que nous apprîmes plus tard que lorsque leurs éclaireurs les avaient renseignés sur la grande force des Teva, l’armée de Pomare fut prise d’une telle panique que les cris de guerre n’avaient aucun pouvoir pour les faire avancer. »

    

                                

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