La consécration en tant que Arii nui du fils d’Amo et de Purea, source de conflits avec les autres Arii
Pour comprendre le conflit qui opposera le clan des Arii de Papara aux autres Arii, et notamment aux Pomare, il nous faut appréhender le contexte dans lequel la reine Purea a souhaité faire consacrer son fils Teriirere sur le marae Mahaiatea en tant que Arii nui.
Nous apprenons selon les mémoires de la reine Marau que (p201- 210) :
« Purea était une fille de Terii vaetua Arii ,don des dieux, Arii de Tefana i Ahurai ou Faaa, la queue du poisson, ainsi qu’on appelle cette partie de l’ile.
A l’époque ou Amo prit pour femme Purea, au milieu du 17 eme, Tefana était particulièrement puissant par ses relations de famille. Terii vaetua, le père de Purea, avait pris pour femme, un membre de la famille de Vaiari (Te vahine airoro anaa te arii ote maevarau de Vaiari, du marae farepua… elle est née dans le pourpre du Ura) Ils eurent 7 enfants. Dont , notamment Purea, Teihotu, et Auri.
Purea épousa le Arii de Papara et devint la mère de Teriirere ; Teihotu épousa Vavea de Nuuroa et fut le grandpere du roi Pomare ; Auri épousa Tetua rae nui ahuri taua ote manu i Fareroi et fut le grand-père de Marama
Etant donné les alliances que son père que sa mère et son mari lui avaient données, Purea n’avait pas de rival sérieux dans l’ile, lorsque naquit son fils Teriirere, vers l’an 1762. Cet enfant devint aussitôt le personnage le plus important du monde aux yeux de sa mère et de Tahiti. Le fils prenait toujours la préséance sur son père dont l’autorité, après la naissance d’un enfant, n’était plus que celui d’un tuteur.
Tevahitua prit un nom d’après l’enfant, s’appelant ainsi Amo « celui qui cligne des yeux », allusion a une habitude de l’enfant qui l’avait amusé. La même cause qui avait mis le père en retrait, donnait souvent a la mère un accroissement d’influence et une liberté sans restrictions.
Apres la naissance de Teriirere, Purea fut émancipée, et les relations entre elle et Amo, a partir de ce moment la devinrent plutôt politiques que familiales. Ils étaient unis seulement en ce qui concernait les intérêts de Teriirere ; et ils confirmèrent la suprématie de l’enfant en entreprenant ce qu’aucun autre Arii n’avait jamais fait. Non seulement ils imposèrent un Rahui général au profit de l’enfant, ainsi que Tavi de Tautira l’avait fait pour son fils infortuné, cent ans auparavant, mais ils commencèrent de faire édifier un nouveau marae pour Teriirere sur lequel il devait porter sa ceinture.
Et ils mirent à l’ouvrage tout leur peuple pour accomplir cette tache énorme : élever une pyramide a Mahaiatea.
Si Purea et Teriirere étaient reconnus politiquement supérieures, ils n’étaient néanmoins pas plus que leurs cousins, et cette exhibition d’un orgueil sans précédent était allée au-delà de ce que sa parenté féminine pouvait supporter. Cela provoqua un remous dans la Société et réveilla une des coutumes à l’égard de l’orgueil, qu’aucun Arii sous le contrôle direct de Papara n’aurait pas pu se permettre de suivre, mais la famille de Purea elle – même, de l’indépendant Tefana i ahurai pouvait se le permettre en toute sécurité et a son propre péril si elle résistait. Ils prirent la résolution de bloquer ce rahui de longue durée ainsi que les offrandes familiales ( natia fetii) que Purea avait demandées comme preuve de son autorité.
D’après les règles strictes de l’étiquette de Cour et des lois , il était ordonné que si pendant la durée d’un rahui , un parent ou hôte d’un rang égal rendait visite au Arii qui avait imposé le rahui , il était obligé de donner , par courtoisie, tout ce qui lui était demandé.
Prenant cela pour excuse, Terii vaetua i ahurai partit pour Papara, sur sa pirogue avec sa tente royale a l’avant, que seul un grand Arii ou une Arii vahine pouvait arborer.
Purea surveillait les travaux du grand marae lorsqu’on vint lui dire qu’une double pirogue avec sa tente royale venait juste de franchir la passe et approchait de la terre. « Qui ose s’aventurer dans la passe sacrée ? Ne savent ils pas que le pays est sous le rahui sacré pour Teriirere ? Même les coqs ne peuvent chanter, ni l’océan se mettre en furie ! »
« C’est Terii Vaetua i Ahurai » lui répondirent-ils.
Purea vint sur la plage et cria « Je ne connais pas d’autres tètes royale ici. A bas ta tente ! » Ceci était la plus grande insulte et dérogation a la loi. Hélas, Purea, tu n’as pas obéi à l’ordre de ta naissance, à ses décrets. « Plus ta naissance est élevée, plus tes actions doivent être élevées ! »
Devant cette insulte, Terii vaetua se taillada la tète avec une dent de requin, jusqu'à ce que le sang coule sur son visage. Ceci était le signe d’une grande émotion et un appel à la vengeance. Puis elle donna l’ordre de s’en retourner chez elle.
Tetuanui reia ite rai atea de Nuurua ( le grand dieu qui prend son vol jusqu’aux confins des cieux, épouse de Tu nui eaa ite atua de Tarahoi, le grand Tu qui se mesure aux dieux, cette femme remarquable dans l’histoire tahitienne que le capitaine Bligh et les missionnaires appelèrent Iddeah, Arii Itia, n’étant pas au courant de la réception donnée a l’Arii vahine d’Ahurai, se prépara , a son tour , a rendre visite à Papara.
Selon la coutume à cette époque, elle vint en grande pompe, avec sa flottille de pirogues.
Comme elles approchaient de Mahaiatea, les gens qui étaient sur le rivage crièrent : « C’est un Arii ! Les couleurs des rameurs sont celles de Nuurua. Cela doit être Tetuanui reia ite rai atea de Nuurua ».
Purea était hors d’elle. Elle se leva en criant : « N’avez-vous pas encore entendu ! Aucune tente royale, aucun Arii n’existe pour moi que Teriirere ! »
« Silence, Purea ! Coupa Manea, le frère cadet d’Amo. C’est Tetuanui reia ite rai atea de Nuurua. Tu ne peux pas la renvoyer sans lui dire un mot. »
Purea attendit que la pirogue fût plus prés : « A bas ta tente ! Cria t elle. Ne sais tu pas, qui que tu sois, que la terre est sous le Rahui sacré pour Teriirere, devant qui tous doivent s’incliner ? »
L’orateur de Nuurua appela :
« Ton visiteur est Tetuanui reia ite rai atea de Nuurua. Ses yeux royaux ont voulu voir les rivages de Papara, elle veut gouter du fruit du Rahui de longue durée, dont le renom s’est étendu sur toute la terre de Tahiti ébruité par le vent de Maoae, par les murmures de milliers de voix qui disaient, sur la Pointe de Mahaiatea s’élève un lieu sacré, splendide. Un Rahui a été imposé , ou les choses les plus belles qu’un esprit humain puisse imaginer sont faites, ou des milliers de parcs contiennent les porcs les plus gras, ou les montagnes sont pleines de tout ce que le sol peut produire pour faire honneur au Arii, Teriirere i Tooarai ; Tetuanui est venue pour profiter de ce que la loi ordonne , elle n’est pas venue les mains vides Elle a apporté les présents que commande la courtoisie. »
Mais Purea, l’orgueilleuse, poussa un cri : « A bas ! Ta tente ! Je ne connais qu’une tete, celle de Teriirere ».
« Silence, Purea ! s’écria Manea. Silence ! As-tu réfléchi à ce que tu dis, à l’insulte que tu offres a Tetuanui ? Rappelle-toi du dicton :
« Les tambours sacrés de Matairea font appel à Tetunae
Donne, oh donne, le droit a Teriirere de Tooarai de ceindre la ceinture rouge !
Ou et ou la ceinture rouge sera portée ?
A Taputuarai, à Ahurai, à Nuurua la ceinture rouge sera portée,
Une extrémité attachera les Porionuu, l’autre les Teva, l’autre tiendra les Oropaa »
« Retire tes paroles, Purea » Manea continua : « Le sang de Terii vaetua n’a pas encore été lavé. Elle est venue parce qu’elle avait droit à ta courtoisie. Maintenant voici Tetuanui de Nuurua. Elle est ici, par les mêmes droits qui lui sont dus comme a toi-même. Purea retire tes paroles. »
Mais Purea Resta inébranlable. Manea répéta en vain les maximes de famille. Déterminée à ne pas permettre aucune rivalité avec son fils, Purea persista : » je ne reconnais qu’une tete, celle de Teriirere ».
Tetuanui frappée de stupeur et d’indignation donna l’ordre de la porter à terre. Aucun Maeva ne l’accueillit, pas une voix ne se fit entendre, seulement celle de Manea qui s’avança pour la recevoir :
Bienvenue a toi, Tetuanui, les grands yeux de Nuurua, les grands yeux du ciel
Maeva ! Maeva !
Un Arii est venue sur la pointe de Mahaiatea
Revêtu de splendeur, en l’honneur de Teriirere de Tooarai
Je te souhaite la bienvenue
Je te donne le Maeva qui t’es du, Arii Vahine, par ton droit de naissance
Par ton droit a la ceinture royale, l’insigne de ta naissance divine, établi par les lois du grand Tetunae, le clairvoyant, pour être respecté,
Pour être maintenu à travers les âges
Qui a été rejeté non pas par Teriirere, mais par elle ta cousine »
Ce Maeva fut accueillie par les gens de Tetuanui pendant qu’elle venait prendre place sur le siège d’honneur du lieu sacré. Elle se découvrit le corps jusqu'à la ceinture et inclina sa tete en signe du respect du à Teriirere. Puis elle se tailla la tete avec une dent de requin, jusqu'à ce que le sang coula dans un trou qu’elle avait ordonné de creuser pour le recevoir. En manière de protestation, c’était un appel pour le sang, pour le « taua », ou l’appel pour venger le sang. Lorsque Manea s’aperçut de ce qu’elle faisait, il s’élança vers elle, avec une étoffe pour recueillir le sang. Ce sang royal qui ne doit pas être répandu sur la terre. Par cet acte, il écarta cette vengeance de ses descendants, car on suppose que si les enfants de Manea eurent la vie sauve ce fut grâce à son geste.
Cette solennité pour son fils fut le dernier déploiement de l’orgueil de Purea. La contestation qu’elle provoqua commença par des troubles qui empêchèrent la cérémonie du Ahu raa reva d’avoir lieu. L’investiture du pavillon était une cérémonie spéciale instituée par Purea pour son fils pour le revêtir d’une ceinture rouge avec une flamme que lui avait donnée Wallis.
Teriirere pour qui cette solennité et le rahui et le marae furent organisés trouva ses cousins coalisés pour l’abaisser.
Les Teva de Papara ont conservé un chant en mémoire de cette tragédie dans un lyrisme propre à cette époque. C’est un morceau de littérature tahitienne difficile à traduire et ses allusions sont fort obscures. Voici la traduction littérale :
Ahu raa reva
Ahu raa reva i Tooarai La cérémonie du pavillon a Tooarai
Patiri ite pae ote rai des coups de tonnerre dans le ciel (tambours)
Tuua te tapii ite avatea la splendeur des rayons du soleil de midi
Haati ite reva ate arii entouraient l’étendard du arii
Te arii ite rai tuatini le arii des cieux infinis
E faatia raa reva tei Matahihae Une cérémonie du pavillon eut lieu à Matahihae
Ite aro o Vehiatua en la présence de Vehiatua
Na taata i ofati ite reva ate arii les deux hommes qui cassèrent l’étendard du arii
O Teieie o Tetumanua furent Teieie et Tetumanua
Ahari toe hara i hope i reira Si ta faute s’étaiet arrêtée là,
I ati te Oropaa elle apporta la misère aux Oropaa
Ua hia faifai roa te pohe ote fenua la désolution dans tout le pays
Ua hara oe ete Purahi Tu as péché Purahi
Ite reva ura ate arii contre le pavillon rouge de ton arii
Tei fati hia Taiarapu cassé par Taiarapu
Apohe ai tatou e qui causa notre ruine
E tatari oe ite nuu nui Les hôtes illustres étaient
Ite patu ofai rassemblés sur l’enceinte de pierre
Ite marae i Mahaiatea sur le marae de Mahaiatea
Pohuatea tei Punaauia Pohuatea de Punaauia
Tepau arii tei Ahurai Tepau arii de Ahurai
Terii maro ura tei Tarahoi Terii maro ura de Tarahoi
Te fenua i hara atu ai te maau e Le pays ou les bouffons furent châtiés
Eimeo te raravaru Eimeo aux huits branches
Te fenua i tai hia e Mahine le pays cher a Mahine
Na oti te pure, tootoo ia ite iho na les prières dites, les invitations furent envoyées
O Puni i Farerua, o Raa i Tupai à Puni de Farerua, à Raa de Tupai
E tahua o Teae afano i Tahiti Le grand prêtre Teae est parti pour Tahiti
E oroa tei Tahiti Il y a une cérémonie à Tahiti
Ahu raa reva na Teriirere i Tooarai l’investiture du pavillon pour Teriirere I Tooarai
Tatou e noho ai e devant qui nous nous inclinons
Ua hara oe ete Purahi Tu as péché Purahi
Ite reva ura ate arii Contre le pavillon rouge de ton arii
Tei fati hia e Taiarapu qui fut cassé par Taiarapu
Apohe ai tatou e qui causa notre ruine
Faaara Viriaro tei Pafaarava Les éclaireurs de Pafaarava
E rima Tahivai e rima Tahivai Une main fut tendu, puis une autre.
E ha iroto e ha i rapae Les 4 districts de l’intérieure, les 4 districts de l’extérieure
Ahari ite tao a Amo e Ah , si les avis de Amo (avaient été suivis)
E te Oropaa e Par vous les Oropaa
E hoipoipoi tia tatou pour nous diriger tous
Ite aro na tai ote vaa L’avant-garde de l’armée en pirogues par la mer
Na uta tatou hoe ona e ino Par la montagne nous n’avions qu’un mal
Tei mua i Matataupe devant nous Matataupe
E aau paapaa tei Vaitoata le recif sec de Vaitoata
E pau tatou ite pau on Pairituaipo Ou nous aurions pu mourir de la mort de Pairituaipo
Ite rahi taura Temahuru ma nei sur la place d’assemblée de Temahuru
Pahupua ma nei de Pahupua
Hia orero tina Papara Papara est étendu prostré
Na hia te moua La montagne( le arii) a été abattue
Ite vaa mui o Hui ma Taiarapu Par la grande armée de Hui et de Taiarapu
Hoe noa tia ei te pae tahatai un seul ( marae) se tient debout sur le rivage
Tau mate ono iaia e quelle désolation !
Na hara oe ete Purahi oh Purahi tu as péché,
Ite reva ura ate arii contre le pavillon rouge de ton arii
Tei fati hia e Taiarapu qui fut cassé par Taiarapu
A pohe ai tatou e et causa notre ruine
Par ce chant nous pouvons conclure que Purahi fut la femme qui finalement occasionna le désastre. Purahi était une Aroma ite Rai (de la branche ainée) la fille d’Aroma ite rai qui avait épousé Tetua unu rau, sœur d’Amo vers 1750. Elle était donc cousine au premier degré du jeune Teriirere et appartenait a la branche ainée de la famille, tandis que Teriirere était un Tuiterai, de la branche cadette, Conformément aux lois du pays, je suppose que Purahi avait parfaitement le droit de déposséder Teriirere du pouvoir, si elle le pouvait. Purahi reçut l’appui de Vehiatua ; et l’armée qui dévasta Papara vint de Taiarapu et de Hui, conduite par les grands guerriers Teieie et Teumanua.
Ces récits semblent démontrer que la péninsule de Taiarapu au Sud, Pare arue au Nord, et les Oropaa de Paea à l’ouest combinèrent leur attaque sur Papara des deux cotés et réussirent à l’écraser.
Vehiatua et l’armée de Taiarapu venant du Sud ravagèrent le district et massacrèrent ses habitants, emportant ce qui appartenait a leurs victimes.Tutaha venant du district du Nord –Ouest emporta le symbole de la suprématie, l’étendard et la ceinture de plumes du Marae i Tooarai et Mahaiatea et les déposèrent sur le marae, marae Taata a Paea.
C’est ainsi que Papara perdit la suprématie politique comme Arii nui de Tahiti par la plus fameuse de ses femmes, quoique Teriirere demeurât le Arii des Teva i uta de l’intérieure et des Teva i Tai de l’extérieure, gardant sa position sociale et le droit à la ceinture rouge et a la ceinture jaune et a la prêtrise.
Lorsque le coup s’abattit, Purea, Amo et Teriirere s’échappèrent par les montagnes jusqu’à Haapape, dont le Arii était le cousin ou oncle d’Amo, et aussi parent de Purea.
La destruction de Papara par les forces de Taiarapu ne fut que le prélude a une longue et série de désastres et de misères qui prirent fin à la mort de notre arrière – grand oncle Opuhara, à la bataille des Fei pi, le 12 novembre 1815. ….. (Texte extrait des mémoires de Marau p201 à 210)