Le dernier message de Tetunae
Voici ce que Marau Taaroa, dernière reine de Tahiti raconte dans ses mémoires sur la fin du règne de Tetunae.
Les racines étendues de Tetunae (p.164.165)
A Terii nui o Tahiti Ier succéda sa fille aînée, Tetua nui ite rai o Taaroa, plus connue sous le nom de Nuutea te tapairu, « la belle Nuutea ».
Première née d’un premier-né, et, comme telle, proclamée le paarae, le front de la famille, son nom officiel était Terii nui o Tahiti Arii nui de Farepua. Bien que Tetunae et Aumoana fussent encore vivants, Nuutea était Arii vahine de Tahiti, sa tête officielle, avec Tetunae comme régent pour tenir les rênes du gouvernement. Conformément aux lois, elle fut consacrée sur le lieu sacré de Farepua, sur Tahiti, avec grande pompe et splendeur. Là, elle ceignit la ceinture rouge et la ceinture jaune, et fut assise sur le siège de corail de Taaroa, ayant en main l’éventail et le sceptre, les insignes de ses droits divins.
Nuutea se maria avec Nuu, Arii de Punaauia. En son honneur, Tetunae fit sortir une pierre du lieu sacré de Tetua nui e marua ite rai : « le grand dieu du ciel ». Ce nom, par conséquent est devenu, et est resté le titre officiel des arii du district de Punaauia.
Taihia, le navigateur Polynésien de grand renom, était un descendant de Tetua nui e marua ite rai de Punaauia.
Et la racine de Tetunae le grand, qu’il planta sur des temples sacrés, s’étendit sur les terres de Tahiti et d’Eimeo.
Il plaça sur ces deux îles ses représentants pour les gouverner.
« Je puis maintenant m’en aller heureux » dit-il,
Dans ma demeure céleste, ma tente du soir
Car, mon nom vivra de génération en génération.
Oh ! l’amour d’un cœur !
Oh ! Mes aimés ! »
Après avoir porté pendant de nombreuses années la couronne blanche royale, scintillante comme les nuages du matin, Tetunae se leva, noble, majestueux, aussi droit que sa lance Orofena et demanda de sa voix forte que ses enfants soient amenés en sa présence, ainsi que sa famille : l’amour de sa vie et son peuple : sa fierté.
« Venez, dit-il, pour la dernière fois, écoutez mes souhaits. A vous, mes enfants, à vos descendants, je laisse un héritage de grande valeur : le legs de Taaroa, le droit de contrôle sur l’île de Hiti nui, sur le roc, base fondamentale de Farepua qui sont miens, par le doit divin de ma naissance. Mon sang qui coule dans vos veines doit être conservé pur comme les eaux des cieux. Aussi pur que les cieux, d’où il prit origine. Il ne peut être versé en vain, par négligence. Les lois que j’ai instituées doivent être honorées, protégées par vous, à jamais. Ne manquez jamais de donner l’exemple élevé de la justice, même si pour cela vous devez sacrifier ceux que vous aimez. Honorez les décrets familiaux ; c’est le lien de roa ; ils constituent l’union, l’amour fraternel qui vous tient réunis ; c’est le berceau de votre force, de votre pouvoir ; ils personnifiaient l’orgueil de la race, l’honneur familial, ils sont votre mont, votre place d’assemblée, votre pointe de terre, votre doit de naissance, votre droit à mon sang, votre droit sur Farepua, votre doit au Maro arii.
« A vous, mon peuple, je confie un legs sacré ; l’honneur du pays, l’honneur des enfants de Farepua, mon sang, mes descendants, leurs droits que je vous ordonne de protéger avec vos vies.
« Bientôt, très bientôt, l’esprit de Tetunae, votre Arii, vous quittera.
Il disparaîtra à Rohotu (Paradis) d’où je veillerai sur vous, que j’aime chèrement.
« Hier soir, j’ai entendu l’appel, cet ordre qui vous viendra aussi un jour. Je suis prêt à rejoindre la cohorte des dieux de Farepua. Le grand vent du sud Toa, de la déesse Ahurei est en mouvement. Il sera bientôt ici, très bientôt, mes chers enfants. Regardez ! Il vient, déroulant, étendant le sompteux manteau royal de plumes des cieux, sur la couche royale sur laquelle mon esprit se reposera à jamais, le lit de mort du Arii, cette fois, pour Tetunae, Arii de Farepua. »